Miss Aspirine


Crédit photo : photo-libre.fr

Je fais partie d'une famille multicolore. Nous sommes quatre.
La palette va du noir genre chocolat corsé au blanc type cachet d'aspirine
en passant par le café au lait et le vanille - bistre/olive.
Je suis Cachet d'aspirine. Mère de Café au lait, 10 ans et Miss chocolate, 6 ans.
Ce blog serait-il donc une petite chronique du racisme ordinaire ?

Je suis blanche

Je suis blanche. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, j'étais française. Mais depuis que j'ai fondé une famille multicolore, je suis blanche. Accessoirement française, mais surtout blanche : mon identité vue à travers le prisme de la société française est celui d'une mère blanche avant tout.

J'ai donc pris bonne note de ce signal fort envoyé par le monde environnant et changé mon prénom en conséquence. Je m'appelle Cachet d'aspirine - Aspirine pour les intimes - en référence à la bonne vieille expression française « être blanc comme... ».

Depuis que j'ai commencé ma nouvelle vie de blanche avec cette nouvelle identité que je n'ai pas choisie, je cherche la réponse à ma question : mais qu'est-ce qui peut bien faire courir l'homme vers cette haine de la différence ?
Outre les livres, les films, les petits actes de la vie quotidienne, mesurer ma question à l'aune des médias se révèle particulièrement instructif. En plus ça tombe bien, j'y suis tombée dedans quand j'étais petite...

Nous aussi, we can. Yo !

Black AND white IS beautiful
Na...
Mercredi 11 novembre 2009

C’est un vrai feuilleton depuis lundi ! Un député UMP tente de museler un écrivain prix Goncourt, laquelle persiste et signe après avoir mis un temps un bémol à ses propos qualifiés d’insultants par le petit* député ! Marie Ndiaye, exilée à Berlin depuis 2007 et prix Goncourt 2009 pour son magnifique Trois femmes puissantes, sur lequel on ne peut que se précipiter, est finalement parfaite en nouvelle icône de la résistance.

On savait que Marie Ndiaye était un écrivain talentueux et grâce à Eric Raoult, sa qualité de femme éminemment sympathique est brusquement mise en lumière. On découvre une personne intellectuellement engagée, dans sa réflexion et dans ses actes, qui n'a pas hésité à claquer la porte d'une France qui ne lui faisait plus envie, avec armes et bagages, en l'occurence mari et enfants.

La réaction violente du député Eric Raoult sur les propos tenus par Marie Ndiaye via le magazine Inrockuptibles, n'est pas sa première prise de position en matière de limitation du droit d'expression. Il justifiait déjà avec hargne le 31 octobre dernier, l’expulsion de Tunisie de la collaboratrice du journal Le Monde par le président Ben Ali, dont chacun sait qu'il est un grand humaniste, qu'il n'exerce aucune censure sur la presse Tunisienne et que ses scores ahurissants lors des dernières élections sont uniquement dus à l'amour que les Tunisiens lui portent (1).

L'interview qu'a donnée l'écrivain aux Inrockuptibles, titrée « Marie Ndiaye aux prises avec le monde », était largement plus intéressante que les citations restrictives que l'on en fait partout. Elle mériterait une mise en perspective plus approfondie, mais ce billet entend rester sur le fait, la bourde, le forfait du député.

Eric Raoult est le prototype d'une France décomplexée, celle qui n'hésite plus, au plus haut niveau de l’état, à tenir des propos racistes sur Rama Yade, ou à railler ces auvergnats qui seraient en trop grand nombre, sur un ton qui fleure bon le bon vieux temps passé. Celui où le NEOcolonialisme n’était pas encore inventé.

Manifestement en mal de reconnaissance sarkozienne, Eric Raoult, donc, dont on suppose qu’il n’a évidemment pas lu le dernier livre de Marie Ndiaye, fait une illustration flamboyante des propos tenus par l’écrivain, qui, justement, expliquaient la volonté de s’éloigner de « la France du flicage ». Laquelle Marie Ndiaye réplique de manière intelligente et reçoit le soutien de Bernard Pivot et de Françoise Chandernagor. Premières réactions qui rendent on ne peut plus assourdissant le silence du ministre interpelé, Frédéric Mitterand, qui tarde à faire connaître sa position sur un hasardeux, fantasque, stupide devoir de réserve sorti du chapeau (cloche) du député que devraient brusquement adopter les lauréats des prix Goncourt.

La romancière est chanceuse ; reconnaissons à son mari, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, la réponse la plus fine : "M. Raoult est habitué aux sorties de routes. Mais là il vient de faire trois tonneaux dans un champ de navets".


Ndiaye, nouvelle icône de la résistance ?

Mais résistance à quoi, au fait ? Quelle serait donc cette France monstrueuse qu'elle disait avoir fui en 2007 ?

Serait-ce la nouvelle France de l'inculture hautement revendiquée (« casse-toi pauv'con ») et de l'identité nationale brusquement ressortie du placard à la veille des élections régionales ?

Serait-ce la France des contrôles aux faciès et de la propagande médiatique dénoncée par certains blogueurs qui mettent en exergue, par exemple, la condamnation par les tribunaux du journal Paris Match pour manipulation de photo ? 

Serait-ce la France des sondages de l'Elysée mis à disposition d'une certaine presse sur laquelle Bernard Accoyer vient de donner son feu vert pour une enquête parlementaire ?

Serait-ce la France qui a réussi à opérer, en deux ans, un violent bond en arrière en matière de la liberté de la presse, reculant brusquement à la quarante troisième place et passant, notamment, derrière le Mali et le Ghana qui pourraient maintenant bien avoir envie de nous donner quelques leçons de démocratie ?

Ou serait-ce, plus simplement, la nouvelle France des raffles dénoncées par le réseau de résistance Education sans frontières ou par certains journalistes qui décrivent parfaitement mais difficilement, par faute de vitrine médiatique, comment on essaie de les intimider et comment les préfets sont les nouveaux zélateurs d'une république de l'exclusion ?

Oui, décidément, on se demande bien à quelle France monstrueuse Marie Ndiaye pouvait faire allusion et à quelle France on pourrait bien avoir une furieuse envie de résister.

La France, il paraîtrait qu'on l'aime, ou qu'on la quitte. Française, Marie Ndiaye, qui est loin d'être la seule à avoir fait cette démarche, a préféré la quitter pour aller voir des ciels plus riches et plus ouverts à la diversité. Diversité de pensées, diversité de cultures, diversité d'idées, où des visions du monde différentes peuvent encore s'exprimer sans aucune pression ni aucune intimidation.


A lire aussi sur Médiapart, le petit raout d’Eric.

Et surtout, à relire, l'interview de Noam Chomski au Monde diplomatique et repris ici. Notamment pour cet extrait qui reste d'une criante actualité : 

"En France, au Royaume-Uni et, me semble-t-il, dans le reste de l’Europe, la liberté d’expression est définie de manière très restrictive. A mes yeux, la question essentielle est : l’Etat a-t-il le droit de déterminer ce qu’est la vérité historique, et celui de punir qui s’en écarte ? Le penser revient à s’accommoder d’une pratique proprement stalinienne.

Des intellectuels français ont du mal à admettre que c’est bien là leur inclination. Pourtant, le refus d’une telle approche ne doit pas souffrir d’exception. L’Etat ne devrait avoir aucun moyen de punir quiconque prétendrait que le Soleil tourne autour de la Terre. Le principe de la liberté d’expression a quelque chose de très élémentaire : ou on le défend dans le cas d’opinions qu’on déteste, ou on ne le défend pas du tout. Même Hitler et Staline admettaient la liberté d’expression de ceux qui partagaient leur point de vue...

J’ajoute qu’il y a quelque chose d’affligeant et même de scandaleux à devoir débattre de ces questions deux siècles après Voltaire, qui, comme on le sait, déclarait : « Je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres. »"


* « petit » est à prendre ici au sens d’inculte, pour cause d’inculture littéraire manifeste.

(1) Résumé de l’affaire par Le Monde : « Mal informé ou mal inspiré, mais gratuitement insultant à l'égard du Monde, le député UMP (Seine-Saint-Denis) Eric Raoult s'est livré, samedi 31 octobre, à une étonnante attaque contre notre collaboratrice Florence Beaugé. Intervenant sur le plateau de Berbère Télévision, l'ancien ministre a justifié la mesure d'expulsion de Tunisie dont notre spécialiste du Maghreb a été victime en lui prêtant des écrits qu'elle n'a jamais commis. M. Raoult a déclaré qu'on ne pouvait pas s'étonner "quand on fait de la provocation à l'égard du président Ben Ali", d'être "remis dans l'avion" à l'arrivée à Tunis. »


Share
Par miss aspirine - Publié dans : No comment - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Vendredi 6 novembre 2009

Miss Chocolate joue aux poupées.


Miss Chocolate, 6 ans, joue des heures entières aux poupées. Je la vois entrer dans un monde imaginaire extrêmement fertile où la magie des Winx n'est jamais bien loin. Je fais tranquillement mon repassage à ses côtés et l'écoute d'une oreille distraite.

Soudain, je tends l'oreille.

- Toi, Leyla, tu n'as pas la couleur de beauté.

-  Moi ? Je n'ai pas la couleur de beauté ? (répond la poupée Leyla, couleur café au lait)

-  Non, (réponds la poupée Stella blonde comme les blés) tu n'as pas la couleur de beauté. Tu ne peux pas être dans notre club.


Je reste coite et en brûle la chemise blanche que je suis en train de repasser...


Photo : Flickr

 

Share
Par miss aspirine - Publié dans : Symptômes - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Mercredi 4 novembre 2009


- JE NE SUIS PAS UNE AFRICAINE !

Me hurle Miss Chocolate du haut de ses 6 ans. Je regarde sa peau couleur chocolat foncé et ses cheveux crépus parfaitement tressés.

- Mais non, ma chérie. Tu es Française. Mais, souviens-toi tu es AUSSI d’origine Africaine et Italienne non ? Dans la famille, nous sommes tous d’origines multiples. Une origine unique, ça n'existe pas.

- NON ! JE NE SUIS PAS AFRICAINE !

Me rétorque d’un air buté Miss Chocolate, pour le coup rouge de colère. Manifestement, l’origine Italienne n’est pas en question.

J’opère un prudent retrait.

- Non, ma chérie, tu n’es pas Africaine, puisque tu es Française. C’est un fait.

Manifestement, Miss Chocolate en a marre que l’école, premier lieu de socialisation ne serait-ce que par le temps qu’on y passe, lui tende sans cesse le miroir de l’Afrique au motif qu’elle est noire ; ça lui pose deux problèmes. Le premier est qu’elle ne se sent définitivement pas « d’Afrique » (continent sur lequel elle n’a d’ailleurs jamais mis les pieds, sauf en vacances, dans des hôtels de luxe. - Ben oui... -). Le second est que le fait d’être Africaine lui est posé comme un reproche.

Je vois d’ici les réactions outrées des pro de la bien-pensance, mais je rejette définitivement la langue de bois dans ma réflexion. Un chat est un chat, posons les choses. Le fait d’être Africaine lui est posé comme un reproche. C’est un fait. C’est aussi un non-dit, un tabou. C’est donc une attitude subtile, que l’on remarque dans le ton, dans le regard et dans les mots ou les contextes de mots qui sont choisis. Or dans notre éducation judéo-chrétienne, la perception d’un reproche est indissociable de la notion de culpabilité.

Je dois donc aider Miss Chocolate à se construire avec ce reproche tout en tuant cette culpabilité. Je dois donc aussi aller, dans mon analyse et dans mes recherches, aux racines de ce reproche.

Comme qui dirait, je ne suis pas sortie de l’auberge…


Share

Les photos de ce blog ne sont pas libres de droit.

Par miss aspirine - Publié dans : Symptômes - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Mardi 3 novembre 2009


Conversation avec Café au lait, alors âgé de 24 mois.

- Maman, tu es chocolat.

- Non mon chéri, je suis vanille. Blanche.

(J'essaie d'introduire en douceur l'un des deux mots qu'il refuse de prononcer : "noir" et "blanc" ; pour lui, une personne est soit vanille soit chocolat).

- Non, tu es chocolat !

- Et toi, de quelle couleur es-tu ?

- Moi, je suis vanille.

- Disons que tu es plutôt café au lait.

- Mais toi, tu es chocolat.

- Non chéri, je suis vanille.

Il prend un air buté.

- Non, tu es chocolat.

- Viens, allons devant le miroir... Regarde, tu es mi chocolat, mi vanille, on dit café au lait. Moi, je suis vanille. Tu vois, un peu plus claire.

Il a le dernier mot :

- Non, tu es chocolat blanc.


Share

Par miss aspirine - Publié dans : Symptômes - Voir les commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander
Lundi 2 novembre 2009


Voilà une icône de la réussite française. Marie NDiaye est une femme de lettre française, donc, née à Pithiviers en 1967 d'un père d'origine sénégalaise et d'une mère française. On peut lire sa biographie en maints endroit sur la toile. Retenons simplement qu'elle a commencé à écrire très jeune et qu’elle a étudié la linguistique à la Sorbonne puis obtenu une bourse de l'Académie de France dont elle a été pensionnaire pendant un an à la Villa Médicis, à Rome.

 

Trois femmes puissantes, son dernier roman paru cette année propose une écriture d'une extrême puissance, justement, et d'une exceptionnelle finesse pleine de lentes circonvolutions. Un pur plaisir de lecture au service de la recherche d’une perception éclairée de la nature humaine. Accessoirement, Marie Ndiaye, qui voit ce livre comme 3 pièces musicales que relient des thèmes récurrents, fait entrer les immigrés dans la littérature française, par la grande porte.

Bref, si on devait résumer Marie Ndiaye par une simple expression, celle de « raffinement à la française » lui irait, à mon sens, comme un gant.

Personne ne peut raconter mieux qu'elle ce denier roman, le meilleur entretien étant sur fluctuat :


La meilleure page consacrée à Marie NDiaye est là.

Une biographie courte mais précise sur evene.fr

Une version intéressante sur auteurs.contemporains.

Une visite chez Marie NDIaye sur remue.net

Critique sur la république des lettres

Marie NDiaye : “Je ne veux plus que la magie soit une ficelle”, un long entretien avec télérama.

La page incontournable de rfi culture

Sur 24h, Jean-Louis Kuffer explique pourquoi Marie Ndiaye est la favorite du journal pour le Goncourt.

Marie NDiaye a reçu le prix Goncourt ce lundi 2 novembre 2009.

Bravo Madame !

 

Share
Par miss aspirine - Publié dans : Portraits d'aujourd'hui - Voir les 1 commentaires
Ecrire un commentaire - Recommander

Miss Chocolate






Poupée noire, poupée blanche

Poupée blanche ou poupée noire ?
Vidéo envoyée par www-Piankhy-com

Billet sur cette vidéo


Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Sur le fil

  • Flux RSS des articles

Recherche

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus